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Dépasser ses limitations : apprendre à voir plus grand

Photo du rédacteur: Cécile Hontoy
Cécile Hontoy
il y a 17 heures
7 min de lecture

Et si nos plus grandes limites étaient celles que nous avons appris à voir ?


 « Dépasser ses limitations demande aussi une certaine sincérité envers soi-même et le courage d’examiner ses propres croyances. »
Dépasser ses limitations et apprendre à voir plus grand avec Swami Purusha

Et si dépasser ses limitations commençait simplement par apprendre à regarder autrement ?

Nous croyons voir le monde tel qu’il est.

Pourtant, nous ne regardons jamais la réalité avec des yeux complètement neufs. Nous la regardons aussi à travers notre histoire, notre éducation, nos expériences, nos peurs, nos réussites, nos échecs et toutes les croyances que nous avons accumulées.

Autrement dit :

Nous ne voyons pas seulement avec nos yeux. Nous voyons aussi avec ce que nous croyons possible.

Et si certaines de nos plus grandes limitations commençaient précisément là ?

Car derrière nos peurs, nos habitudes et nos « je ne peux pas », l’appel de l’aventure demeure vivant en chacun de nous.

Pourquoi nos croyances limitent-elles parfois ce que nous voyons ?

Depuis notre enfance, nous entendons des phrases destinées à nous protéger :

« Fais attention ! »

« Ne fais pas cela ! »

« Tu pourrais te tromper. »

« Sois prudent. »

« Tu risques de perdre. »

« Ce n’est peut-être pas pour toi. »

« À ton âge… »

« Tu devrais plutôt… »

Bien entendu, apprendre la prudence est nécessaire.

Mais que se passe-t-il lorsque cette prudence devient progressivement une manière de regarder toute la vie ?

Nous commençons à chercher davantage ce qui pourrait mal aller que ce qui pourrait bien aller.

Nous repérons le danger avant la possibilité.

Nous imaginons l’échec avant l’aventure.

Nous évaluons ce que nous risquons de perdre avant de nous demander ce que nous pourrions découvrir.

Et, petit à petit, la peur peut devenir notre filtre.

L’appel de l’aventure existe malgré nos peurs

Pourtant, quelque chose en nous continue de murmurer :

Et si j’essayais ?

Et si je partais ?

Et si je créais ce projet ?

Et si j’apprenais quelque chose de nouveau ?

Et si je changeais ?

Et si je pouvais vivre autrement ?

Cette voix existe encore.

Mais immédiatement, une autre voix peut surgir :

Attention !

Alors nous revenons à ce que nous connaissons.

Et nous finissons parfois par confondre deux choses très différentes :

ce qui est réellement impossible… et ce que nous avons appris à considérer comme impossible.

Voilà une distinction essentielle.

Quand je mets toute mon attention sur ce que je ne veux pas

Prenons un exemple très simple.

Je me dis :

« Je ne veux pas me faire avoir. »

Cela paraît parfaitement raisonnable.

Mais si cette pensée devient le principal critère de mes décisions, que va-t-il se passer ?

Je ne m’inscris pas à ce cours.

Je ne rencontre pas cette personne.

Je ne pars pas en voyage.

Je ne démarre pas ce projet.

Je n’investis pas dans cette formation.

Je ne tente pas cette expérience.

Pourquoi ?

Parce que toute nouvelle expérience comporte une part d’inconnu.

Ainsi, pour être absolument certaine de ne pas me faire avoir, je pourrais finir par ne plus rien essayer du tout !

Et voici le paradoxe :

Je pourrais même refuser de suivre un cours qui m’aurait justement permis de découvrir comment… je me fais parfois avoir par moi-même !

Voilà une belle boucle !

Dépasser ses limitations : passer du problème à la création

As-tu déjà remarqué combien nous pouvons devenir experts de nos problèmes ?

Pourquoi ai-je peur ?

Pourquoi suis-je bloqué ?

Pourquoi est-ce toujours difficile ?

Pourquoi est-ce que je reproduis cette situation ?

Pourquoi les autres agissent-ils ainsi ?

Pourquoi cela m’arrive-t-il encore ?

Ces questions peuvent être utiles.

Mais à force de regarder uniquement le problème, le problème peut finir par occuper tout notre champ de vision.

Alors une autre question devient essentielle :

Qu’est-ce que je veux créer maintenant ?

Voilà un changement considérable.

Je ne nie pas le problème.

Je ne nie pas ma peur.

Je ne prétends pas que tout va merveilleusement bien.

Mais je cesse de demander uniquement :

« Comment faire disparaître ce que je ne veux pas ? »

Et je commence à demander :

« Qu’est-ce que je veux faire apparaître dans ma vie ? »

Robert Fritz : créer plutôt que combattre le problème

L’auteur et penseur Robert Fritz a développé une approche particulièrement intéressante autour de cette distinction.

Dans The Path of Least Resistance, il oppose notamment une orientation centrée sur la résolution des problèmes à une orientation créatrice.

Résoudre un problème consiste essentiellement à vouloir faire disparaître quelque chose que nous ne voulons pas.

Créer consiste à faire exister quelque chose que nous voulons.

Cela paraît presque identique.

Pourtant, psychologiquement, la direction du regard change complètement.

Au lieu de demander :

« Comment ne plus avoir peur ? »

je peux demander :

« Qu’aimerais-je accomplir, même si une certaine peur est encore présente ? »

Au lieu de :

« Comment ne plus être seule ? »

je peux demander :

« Quelles relations ai-je envie de construire ? »

Au lieu de :

« Comment sortir de cette situation ? »

je peux demander :

« Vers quoi ai-je envie d’aller ? »

Le problème cesse alors d’être le centre de mon univers.

Une direction apparaît.

Une possibilité apparaît.

Une création apparaît.

Thomas Kuhn : notre expérience influence notre perception

Le philosophe et historien des sciences Thomas Kuhn nous offre une autre piste fascinante.

Ses travaux sur les changements de paradigmes ont montré combien notre manière d’interpréter ce que nous observons dépend aussi des cadres conceptuels avec lesquels nous regardons la réalité.

Cette idée dépasse largement l’histoire des sciences.

Car nous possédons, nous aussi, nos petits « paradigmes » personnels.

Si je suis profondément convaincue que :

je suis trop vieille,

je ne suis pas capable,

je n’ai pas assez d’argent,

les autres sont meilleurs que moi,

personne ne s’intéressera à mon projet,

je n’ai jamais eu de chance,

je ne peux pas changer…

que vais-je remarquer autour de moi ?

Très probablement, tout ce qui confirme ce que je crois déjà.

Et chaque nouvelle observation devient alors une preuve :

« Tu vois ! Je le savais ! »

La croyance nourrit la perception.

Et la perception renforce ensuite la croyance.

Quand notre cerveau voit ce qu’il s’attend à voir

Une expérience classique en psychologie illustre merveilleusement ce phénomène.

En 1949, les psychologues Jerome Bruner et Leo Postman ont présenté rapidement des cartes à jouer à des participants.

Certaines étaient normales.

D’autres avaient été volontairement modifiées : par exemple, des couleurs ne correspondaient plus aux conventions habituelles des cartes.

Devant ces cartes étranges, certaines personnes avaient d’abord de la difficulté à percevoir l’anomalie.

Le cerveau tentait de ramener ce qu’il voyait vers quelque chose de connu.

Puis, avec davantage de temps d’observation, l’incohérence devenait perceptible.

Cette expérience nous rappelle quelque chose d’essentiel :

Voir n’est pas seulement recevoir une image. C’est aussi l’interpréter.

Nous comparons continuellement ce qui arrive avec ce que nous connaissons déjà.

Alors imagine maintenant ce que cela peut signifier dans notre propre vie.

Et si certaines possibilités étaient déjà devant toi ?

Peut-être qu’une possibilité existe déjà.

Mais peux-tu la voir ?

Une nouvelle relation.

Une nouvelle formation.

Un changement professionnel.

Une nouvelle manière d’enseigner.

Un voyage.

Une création artistique.

Un déménagement.

Une rencontre.

Un projet complètement fou.

Une nouvelle façon d’aimer.

Une autre manière de vieillir.

Une autre manière d’habiter ta propre existence.

Mais si ton regard a été entraîné pendant des années à repérer d’abord ce qui pourrait mal tourner, tu pourrais passer devant cette possibilité… sans même la reconnaître.

Voilà pourquoi dépasser ses limitations ne signifie pas seulement travailler sur ses difficultés.

Cela signifie aussi entraîner son regard à reconnaître de nouvelles possibilités.

La méditation : apprendre à regarder ses pensées autrement

C’est également ici que la méditation prend tout son sens.

Méditer ne signifie pas obligatoirement supprimer nos pensées.

Nous pouvons plutôt apprendre à les observer.

Une pensée apparaît :

« Je ne peux pas. »

Très bien.

Je la regarde.

Mais au lieu de conclure immédiatement :

« C’est donc impossible », je peux simplement constater :

« Une pensée disant que je ne peux pas vient d’apparaître. »

La différence est immense.

Je ne suis plus complètement confondue avec ma pensée.

Je deviens témoin.

Et cet espace intérieur permet parfois l’apparition d’une nouvelle question :

« Et si cette pensée n’était pas toute la vérité ? »

C’est aussi pourquoi développer une posture intérieure plus consciente peut transformer notre manière d’aborder les choix de notre existence.

Et cette observation demande également une véritable sincérité envers soi-même : avoir le courage de regarder nos peurs sans nécessairement leur donner le pouvoir de décider à notre place.

Un exercice très simple pour dépasser ses croyances limitantes

Je te propose une expérience.

Pendant quelques jours, écoute-toi parler et penser.

Chaque fois que tu t’entends dire :

« Je ne veux pas… »

arrête-toi quelques secondes.

Et pose-toi cette question :

« D’accord. Mais qu’est-ce que je veux ? »

Puis continue :

Qu’est-ce que j’aimerais créer ?

À quoi cela ressemblerait-il concrètement ?

Qu’est-ce qui deviendrait possible si je cessais, pendant quelques minutes, de regarder uniquement mes obstacles ?

Quelle serait la plus petite action que je pourrais poser aujourd’hui dans cette direction ?

Pas demain.

Pas lorsque tout sera parfait.

Pas lorsque je n’aurai plus peur.

Aujourd’hui.

Même quelque chose de minuscule.

Un téléphone.

Un courriel.

Une recherche.

Une inscription.

Une conversation.

Un premier pas.

Exercer ses yeux à voir plus grand

Nous exerçons notre corps.

Nous exerçons notre mémoire.

Nous exerçons notre respiration.

Nous exerçons notre concentration.

Nous pouvons aussi exercer notre manière de regarder la vie.

Regarder plus loin que nos habitudes.

Plus loin que nos peurs.

Plus loin que nos anciens « je ne peux pas ».

Plus loin que ce que les autres ont imaginé pour nous.

Plus loin que ce que notre histoire nous a appris à considérer comme raisonnable.

Cela ne signifie pas nier la réalité.

Cela ne signifie pas croire naïvement que tout devient possible simplement parce que nous le désirons.

Cela signifie quelque chose de beaucoup plus profond :

Ne pas confondre les limites de notre représentation avec les limites de la réalité.

Et maintenant, qu’as-tu envie de voir plus grand ?

Arrête-toi quelques secondes.

Respire.

Et demande-toi :

Quelle possibilité ai-je cessé de regarder simplement parce que j’ai appris à croire qu’elle n’était pas pour moi ?

Ne juge pas immédiatement la réponse.

Ne demande pas tout de suite :

« Est-ce raisonnable ? »

« Combien cela coûtera-t-il ? »

« Que vont penser les autres ? »

« Et si j’échoue ? »

Regarde simplement ce qui apparaît.

Car voir autrement est peut-être déjà le premier pas vers une autre manière de vivre.

Ouvre les yeux.

Respire.

Et exerce-toi à voir plus grand.

Swami Purusha


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